Circulaire Justice d’avril 2026 sur la retenue

Retenue pour vérification du droit au séjour : vos droits pendant 24 heures

Un contrôle dans la rue ou dans un train, pas de titre sur soi, et l’on se retrouve au commissariat. Ce n’est pas une garde à vue, c’est une retenue administrative, avec ses règles à elle. Ce qui s’y passe pèse lourd sur la suite : une OQTF est souvent notifiée avant la sortie, et les erreurs de procédure se plaident ensuite devant le juge.

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Salle d’audience d’un tribunal administratif

Retenue, garde à vue : la différence

La retenue pour vérification du droit au séjour, que les praticiens appellent RVDS, est prévue aux articles L. 813-1 et suivants du CESEDA. Elle vise une seule chose : vérifier si une personne étrangère a le droit d’être en France quand elle n’a pas pu le prouver lors d’un contrôle. Elle est décidée par un officier de police judiciaire, police ou gendarmerie, et se déroule dans un local de police ou de gendarmerie.

Ce n’est pas une mesure pénale. Personne n’est soupçonné d’un délit du seul fait d’être retenu. La garde à vue, elle, relève de l’article 62-2 du code de procédure pénale et suppose une raison plausible de soupçonner un crime ou un délit puni d’emprisonnement. Les deux cadres coexistent parfois dans la même journée, et c’est là que les dossiers se compliquent (voir plus bas).

Le procureur de la République est informé dès le début de la retenue. Il peut y mettre fin à tout moment.

Le contrôle qui précède la retenue

Une retenue n’existe pas sans contrôle préalable. Deux voies sont possibles. Le contrôle d’identité du code de procédure pénale (article 78-2), suivi d’une vérification d’identité de l’article 78-3 si la personne ne peut pas justifier de son identité. Ou le contrôle des titres de l’article L. 812-2 du CESEDA, qui permet de demander à une personne de présenter les documents l’autorisant à séjourner, à condition que des éléments objectifs, extérieurs à la personne elle-même, laissent penser qu’elle est étrangère.

Ce dernier point compte. La couleur de peau, l’accent ou une langue parlée au téléphone ne sont pas des éléments extérieurs à la personne. Un contrôle fondé uniquement sur l’apparence est irrégulier, et cette irrégularité contamine en principe la retenue et ce qui en découle. Le procès-verbal doit d’ailleurs indiquer « les motifs qui ont justifié le contrôle ». Un motif vague ou absent se discute.

La personne peut aussi présenter spontanément un document : passeport avec visa, récépissé, attestation de prolongation d’instruction, carte de séjour restée chez elle et apportée par un proche. Dès que le droit au séjour est établi, la retenue doit cesser.

Durée : 24 heures, et souvent moins

L’article L. 813-3 fixe deux limites. La personne ne peut être retenue que le temps strictement nécessaire pour examiner son droit au séjour et, le cas échéant, prendre et notifier les décisions administratives. Et la retenue ne peut pas dépasser 24 heures à compter du début du contrôle.

Si une vérification d’identité (4 heures au plus, 8 heures à Mayotte et en Guyane) a précédé la retenue, sa durée s’impute sur les 24 heures. Un contrôle à 14 h 10, une vérification d’identité jusqu’à 17 h 30, puis une retenue : la fin de la retenue doit intervenir au plus tard le lendemain à 14 h 10, pas à 17 h 30.

En pratique, beaucoup de retenues durent quelques heures. Le temps est employé à interroger les fichiers, joindre la préfecture et rédiger les décisions. Un dépassement, même d’une demi-heure, se vérifie en comparant l’heure du contrôle et l’heure de fin portées au procès-verbal.

Les droits notifiés dès le début

Dès le placement, l’officier informe la personne des motifs de la retenue et de sa durée maximale, dans une langue qu’elle comprend ou dont il est raisonnable de penser qu’elle la comprend. Il l’informe aussi qu’elle peut :

  • être assistée par un interprète ;
  • être assistée par un avocat, choisi ou commis d’office, et s’entretenir avec lui dès son arrivée ;
  • être examinée par un médecin ;
  • prévenir à tout moment sa famille ou toute personne de son choix et, si elle a des enfants mineurs à charge, faire organiser leur prise en charge ;
  • faire avertir les autorités consulaires de son pays ;
  • faire aviser le procureur de la République de la vérification en cours.

Ces droits ne sont pas une formalité. Une personne qui ne parle pas français et à qui les droits ont été lus sans interprète n’a pas été « mise en mesure de les exercer », pour reprendre les termes du code. Un avocat demandé et jamais appelé, une famille qu’on n’a pas pu prévenir alors que des enfants attendaient à la sortie de l’école : ce sont des griefs qui se plaident.

Le Conseil constitutionnel a ajouté un point en 2024. Dans sa décision n° 2024-1090 QPC du 28 mai 2024, il a jugé que le texte, qui n’obligeait pas à noter dans le procès-verbal les conditions dans lesquelles la personne avait pu s’alimenter, ne garantissait pas un contrôle suffisant de sa dignité sur une retenue pouvant atteindre 24 heures. Le procès-verbal de fin de retenue doit désormais mentionner ces conditions, comme le rappelle service-public.fr.

Fouille, empreintes et photographies

Les bagages et effets personnels peuvent faire l’objet d’une inspection visuelle ou d’une fouille, pour trouver un document d’identité ou de voyage. Les heures de début et de fin de ces opérations figurent au procès-verbal.

Si la personne ne donne aucun élément sur son droit au séjour, l’article L. 813-10 permet, après information du procureur, de relever ses empreintes digitales et de la photographier. Ces données ne peuvent être enregistrées dans le fichier prévu au 3° de l’article L. 142-1 que s’il apparaît, à la fin de la retenue, qu’elle n’a pas de droit au séjour.

La loi du 26 janvier 2024 avait voulu autoriser ces relevés sans consentement, par la contrainte. Le Conseil constitutionnel a censuré cet article 38 le 25 janvier 2024 (décision n° 2023-863 DC, points 135 à 144) : pas d’autorisation motivée du procureur, pas d’exigence que ce soit le seul moyen d’identifier la personne, pas de présence de l’avocat. Le texte en vigueur reste donc celui qui ne prévoit pas la contrainte physique dans ce cadre.

Le procès-verbal de fin de retenue

L’article L. 813-13 décrit son contenu : motifs du contrôle, déroulement de la vérification, conditions dans lesquelles la personne a été présentée à l’officier, informée de ses droits et mise en mesure de les exercer, jour et heure de début et de fin, durée, fouille et relevés éventuels avec leurs horaires, certificat médical en annexe si un médecin est passé.

Le procès-verbal est présenté à la signature. La personne peut refuser de signer ; le refus et ses motifs sont alors mentionnés. Une copie lui est remise, et l’original part chez le procureur. Les mentions principales sont aussi reportées sur un registre spécial tenu au commissariat ou à la brigade.

Gardez cette copie. C’est la première pièce que l’avocat demande, avant même l’arrêté préfectoral.

Quand la retenue devient garde à vue

Si, pendant la retenue, des éléments font soupçonner une infraction (faux document, identité d’emprunt, refus d’une mesure déjà notifiée), l’article L. 813-15 permet de basculer en garde à vue. Le temps déjà passé en retenue s’impute alors sur la durée de la garde à vue.

Le cas inverse n’est prévu par aucun texte. La circulaire de la direction des affaires criminelles et des grâces publiée en avril 2026 (JUSD2530749C) l’admet à titre subsidiaire : une retenue peut suivre une garde à vue quand l’enquête est terminée mais que la situation administrative reste à vérifier, et cela avant toute prolongation de la garde à vue. La circulaire demande aux parquets de veiller à ce que la durée totale des deux mesures ne dépasse pas 24 heures. Un enchaînement qui dépasse ce total est un argument à examiner.

Ce qui peut se passer à la sortie

Trois issues sont fréquentes. La personne justifie de son droit au séjour et repart libre, sans autre suite. Elle repart libre mais avec une décision en main, le plus souvent une obligation de quitter le territoire, parfois assortie d’une interdiction de retour et d’un refus de délai de départ. Ou elle repart vers un centre de rétention ou sous assignation à résidence, avec l’arrêté de placement.

Les décisions sont souvent rédigées et notifiées pendant la retenue, ce que l’article L. 813-3 autorise. C’est pourquoi l’heure de notification portée sur l’arrêté est presque toujours celle d’un après-midi ou d’une soirée au commissariat, avec un interprète au téléphone.

Les délais qui commencent à courir

Le délai de recours dépend de ce qui a été décidé à la sortie, pas de la retenue elle-même :

  • placement en rétention : 48 heures pour saisir le tribunal administratif contre l’OQTF et les décisions qui l’accompagnent ;
  • assignation à résidence : 7 jours ;
  • personne laissée libre avec une OQTF : en principe un mois, sauf cas particuliers mentionnés sur l’arrêté.

Le délai court à partir de la notification, heure comprise quand il s’exprime en heures. Une OQTF notifiée à 19 h 40 un vendredi en rétention doit être attaquée avant 19 h 40 le dimanche. Les voies et délais de recours doivent figurer sur l’acte : lisez-les, puis vérifiez-les avec quelqu’un dont c’est le métier.

Faire valoir une irrégularité

Le juge administratif contrôle la légalité de l’OQTF. Les conditions du contrôle et de la retenue relèvent, elles, du juge judiciaire. Quand la personne est placée en rétention, le magistrat du siège du tribunal judiciaire (on parle encore souvent du JLD) est saisi par la préfecture pour prolonger la mesure, dans les quatre jours depuis la loi du 26 janvier 2024. C’est devant lui que l’on soulève un contrôle fondé sur l’apparence, un dépassement des 24 heures, un droit notifié sans interprète ou un avocat jamais prévenu.

L’article L. 743-12 du CESEDA pose une limite : le juge ne prononce la mainlevée que si l’irrégularité a porté atteinte aux droits de la personne. Il faut donc montrer la conséquence concrète, pas seulement relever l’erreur. Et les irrégularités antérieures doivent être soulevées dès la première audience ; un argument gardé pour plus tard sera en principe irrecevable.

Si la personne a été libérée avec une OQTF, sans rétention, le débat sur la retenue n’a pas de juge naturel de la même façon. Le recours se concentre alors sur l’arrêté préfectoral lui-même : motivation, examen de la situation, vie privée et familiale, délai de départ.

Trois situations types

Ces exemples sont illustratifs. Ils ne décrivent pas des dossiers réels.

Un étudiant dont la carte de séjour est en cours de renouvellement est contrôlé à la gare sans son attestation de prolongation. Son colocataire apporte le document au commissariat une heure plus tard. La retenue doit prendre fin dès cette présentation, sans suite.

Une femme contrôlée à 8 h 15 est placée en retenue après une vérification d’identité, puis en garde à vue pour usage d’un faux document, puis de nouveau en retenue. Elle sort à 11 h le lendemain avec une OQTF et un placement en rétention. Le cumul dépasse 24 heures : l’argument sera présenté au magistrat lors de la demande de prolongation, avec les procès-verbaux successifs.

Un homme sort du commissariat à 21 h avec une OQTF à 30 jours, sans avoir compris ce qu’il a signé. Il a un mois pour saisir le tribunal administratif. Le procès-verbal de retenue et l’arrêté sont les deux pièces à rassembler tout de suite.

Ce qu’il faut faire, et éviter

  • Demander l’avocat et l’interprète dès le début, même si l’on pense sortir vite.
  • Ne pas signer un document que l’on ne comprend pas ; on peut refuser et faire noter pourquoi.
  • Prévenir un proche qui pourra apporter un titre, un récépissé ou un passeport.
  • Garder la copie du procès-verbal et toutes les décisions remises, avec l’heure de notification.
  • Ne jamais présenter un document d’une autre personne : c’est le basculement le plus fréquent vers la garde à vue.

Si vous sortez d’une retenue avec une décision de la préfecture, ou si un proche est encore au commissariat, appelez le 01 89 48 01 06 ou utilisez le formulaire. Nous lisons l’arrêté et le procès-verbal, calculons le délai à l’heure près et organisons la mise en relation avec un avocat partenaire qui intervient en rétention ou devant le tribunal administratif.

Notre accompagnement

Nous lisons votre décision, fixons votre délai et montons un dossier complet. Selon votre lieu de résidence et le type de dossier, nous vous mettons en relation avec un avocat partenaire compétent, partout en France. France Papiers fait de l’assistance administrative : la représentation revient à l’avocat, que vous choisissez librement.

Sources officielles

Informations à jour au 1er novembre 2026. Elles sont générales et ne remplacent pas l’examen de votre situation personnelle.

FAQ

Questions fréquentes

Ici, les réponses générales. Pour votre dossier, appelez.

Appeler le 01 89 48 01 06
Combien de temps peut durer une retenue pour vérification du droit au séjour ?
24 heures au plus, comptées depuis le début du contrôle (article L. 813-3 du CESEDA). Si une vérification d’identité a eu lieu avant, sa durée est déduite. La retenue doit cesser plus tôt dès que la situation est vérifiée.
A-t-on droit à un avocat pendant la retenue ?
Oui. La personne retenue peut être assistée par un avocat choisi ou commis d’office et s’entretenir avec lui dès son arrivée. Elle a aussi droit à un interprète, à un médecin, et peut prévenir sa famille et son consulat.
La police peut-elle prendre mes empreintes de force ?
Le CESEDA permet de relever empreintes et photographies, après information du procureur, si la personne ne donne aucun élément sur son droit au séjour. La contrainte physique votée en janvier 2024 a été censurée par le Conseil constitutionnel (décision n° 2023-863 DC).
Que se passe-t-il à la fin de la retenue ?
Soit la personne repart libre sans suite, soit elle repart avec une OQTF, soit elle est placée en rétention ou assignée à résidence. Le délai de recours va de 48 heures (rétention) à un mois (personne libre).
Où contester une retenue irrégulière ?
Devant le juge judiciaire, quand la préfecture lui demande de prolonger la rétention. Il ne libère la personne que si l’irrégularité a porté atteinte à ses droits (article L. 743-12 du CESEDA). L’OQTF se conteste séparément devant le tribunal administratif.
01 89 48 01 06